21/07/2017 Le tour du Mont Blanc

Voici mon récit de notre Tour du Mont Blanc. Tout ne sera peut-être pas intéressant, mais j'ai besoin de l'écrire pour être sûr de toujours m'en souvenir. J'espère que vous prendrez plaisir à le lire. (désolé pour le temps de chargement des photos, mon serveur est à la ramasse)

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L'idée m'est venue il y a un peu moins d’un an après mon retour d’une belle rando dans le Verdon en lisant des récits de randonneurs ayant grimpé le sommet de l'europe. C'est mon objectif, mais je me suis dit que pour commencer, en faire le tour serait déjà une bonne expérience. J’ai proposé à mon père de m'accompagner dans cette aventure. Il est robuste, intelligent et ne lâche rien. Et puis l’idée de vivre ce tour du mont blanc entre père et fils me plait particulièrement.

Le tour du mont blanc est effectué par des milliers de randonneurs chaque année. Une partie d’entre eux ne font que les étapes intéressantes, utilisent télécabines, navettes en bus et train, font monter leurs affaires à dos de mulet... Parmis ceux qui font le tour complet, une partie dort en refuge d’altitude ou à l'hôtel. Certains sous tente dans des zones dédiées. La plupart y mange également.

Nous, nous avons choisi de marcher intégralement les 180km et les 10 000m de dénivelé. Le tout en bivouac et en autonomie complète (c’est à dire en emportant avec nous notre nourriture et notre eau).

Il en faut pour tous les goûts et tous les niveaux, nous avons choisi le plus dur pour une question de principe et parce que nous disposons d’un budget limité. Mais faire le tour du mont blanc, même avec assistance est une belle aventure, que je recommande à tous.


Préparation



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Il faut tirer les leçons des randonnées passées. Il faut une bonne préparation physique et du matériel adapté. Pour moi, la préparation a commencé il y a 6 mois, à la salle de sport avec principalement du cardio et un peu de muscu pour le plaisir. Un corps d'athlète ne sert à rien, trop de muscles consomment inutilement des calories et nous verrons que les calories nous ferons justement défaut en début de randonnée.

Mon père a opté pour un hamac à double fond, un sac de couchage résistant à -15° et un tas de fatra inutile (dédicace papa :D ). Du coup il a décidé de ne pas porter ce surpoid (sac de près de 18kg!) il s’est construit un chariot à une roue (nous l’appelerons “La chariotte”), accroché à un sac à dos léger pour la montée et tenu comme une brouette pour la descente. Elle est munie d’un frein à patin de vélo. La conception est futée, elle est robuste et utile dans certaines circonstances.

Pour ma part je l’ai trouvée encombrante. De plus le rendement en montée est très désavantageux (très très très!). Heureusement elle est efficace en descente et redoutable sur le plat.

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De mon côté, j’ai une bonne partie du matériel nécessaire, il me manquait seulement un bon sac de couchage, chaud et le plus léger possible. J’ai opté pour un Millet Alpine LTK 800, en duvet d’oie, efficace jusqu'à -10 et pesant seulement 750g. (je ferait une liste du matériel à la fin)

Le poids est toujours l’ennemi numéro 1. Un ancien m’a dit un jour: “le poids de ton sac, c’est le poids de ta peur.” La peur d’avoir froid, chaud, des blessures, des moyens de repérage (cartes, gps, téléphone, panneau solaire, etc…). Au final je me retrouve avec un sac de 13kg eau et nourriture comprises. C’est pas si mal mais dans le futur j’aimerais descendre sous les 10kg.

“On peut juger de la légèreté de l’être au poids de son bagage”. *’

L’approche



Nous arrivons par le sud du massif, 4h de route depuis Gap. Nous commencerons des Chapieux. Sorte de mini village/refuge. Nous passons la nuit avec mon oncle et ma tante, de passage, eux aussi en bivouac mais en VTT tandem. Le TMB (Tour du Mont Blanc) se fait principalement dans le sens anti-horaire parce que certains chemins sont trop durs à descendre (avec des échelles en métal notamment).

C’est parti!

Jour 1: mise en jambe



Nous partons vers 7h direction La ville des Glaciers, à 6km. La ville porte bien son nom et nous apercevons nos premiers glaciers. Quel spectacle de voir pareille masse de glace en plein été. Ensuite vient le col de la Seigne ou nous passons en Italie.

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Nous avons choisis de dormir en hamac pour deux raisons: le poids du couchage, inférieur à 1.4kg et parce que le hamac peut s’installer partout ou il y a des arbres, quand il faut un terrain bien plat pour une tente.
L’objectif de la journée est d’atteindre les hauteurs de Courmayeur ou nous pourrons trouver des arbres pour nous installer.

Nous y parvenons vers 17h, après 22km et 1160 m de dénivelé.

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Quel plaisir après cette longue marche de profiter d’un plat chaud (lyophilisé) et consistant. Car pour une question de poids, nos repas consistent en une barre de céréales le matin, une barre protéinée le midi et un plat le soir pour un total d’environ 750 calories (en marchant on en dépense entre 4000 et 6000 par jour…). Le nuit est pluvieuse mais nous sommes bien protégés grâce à nos tarps (toiles tendue par dessus le hamac).

Jour 2: la montée Bertone



La journée commence par une longue descente vers Courmayeur la traversée de cette belle ville de montagne Italienne et la remontée vers le refuge Bertone. La montée est harassante mais pas le temps de souffler, nous devons atteindre des arbres avant le nuit. Direction le refuge Bonatti.

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Nous croisons un névé (acumulation de neigne qui prend du temps à fondre en été) et je ne peux resister à l'envie de l'arpenter. Aucun danger sur celui-ci car l'eau le contourne et n'a donc pas creusé de galerie en dessous.

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Nous traversons enfin une forêt et trouvons une aire propice au bivouac après 19km et 1400m de dénivelé. Après ravitaillement en eau et lavage dans un torrent nous savourons notre repas. J’ai du mal à dormir car j’ai mal aux jambes. C’est toujours le cas en début de randonnée, le temps que le corp s’habitue à la marche forcée.

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Jour 3: Elena!



2537m, c’est l’altitude du Grand Col Ferret et notre passage en Suisse. Nous y parvenons en laissant derrière nous le refuge Elena, un magnifique refuge à 2000m d’altitude, très touristique et donnant sur les magnifiques glaciers de Triolet et de Pré De Bar.

En passant par le refuge Bonatti, un surprenant manège est à l’oeuvre: un ravitaillement par hélicoptère! Nous prenons donc le temps d’observer le pilote faire des allers-retours, un énorme sac de vivre suspendu à un câble. Une telle maîtrise de la machine est magnifique et l'hélico n’est qu'à quelques mètres au dessus de nous, le vent est impressionnant.







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Nous descendons en direction du refuge de La Peule, dans la vallée à la recherche d’un endroit pour dormir. Nous trouvons notre bonheur juste après La Fouly, un des plus beaux villages de montagne qu’il m’ait été donné de voir.

La fatigue commence à se faire sentir, le manque de nourriture et 10h à 12h de marche par jour avec un lourd sac à dos y sont pour beaucoup. Nous décidons de nous reposer un peu le lendemain. J’ai d'inquiétantes et douloureuses ampoules aux talons et sous les pieds et les jambes douloureuses. Nous nous couchons après 25,6km et 1134m de dénivelé.

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Jour 4: Baignade!



Nous partons le coeur vaillant vers la ville suisse de Champex et son fameux lac. A cause de ma mauvaise interprétation des cartes nous pensons trouver la ville en bas de la vallée. Quelle mauvaise surprise pour un jour de “repos” de devoir grimper, après 17km de marche les 570m de dénivelé qui nous séparent de notre objectif. Nous croisons le lit d'un glacier. La vitesse à laquelle reculent les glaciers à cause du rechauffement climatique est impressionante. Le glacier laisse derrière lui un paysage désolé.
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Nous arrivons à Champex vers 13h. Décision est prise de manger une “croûte” montagnarde avec fromage de pays et jambon, histoire de recharger les batteries.

Après midi détente avec au programme, baignade dans le lac (eau à 15°), séchage des chaussettes et lavage sommaire au lavabo des toilettes publiques.
Je trouve un magasin de sports et décide de me payer des chaussettes fines, en pur laine, à 30€ la paire, pour pallier à mon problème d’ampoules.

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Vers 17h nous partons pour un bivouac en contrebas. Demain une longue marche nous attend.

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Jour 5 : Feu d’artifice!



Nous levons le camp comme d’habitude, à 7h direction Valorcine, en France.

J'avais prévu de passer par la variante de la fenêtre d’Arpette mais des randonneurs avec qui nous avons discuté nous en ont dissuadé parce que le chemin est très technique et avec la chariotte nous aurions eu du mal à passer.

Au final pas de regrets, notre itinéraire est magnifique même si le passage de certains cols se fait au milieu des nuages, dans le brouillard. Le tintement des clarines (cloches des vaches dans les alpages) perdues dans le brouillard si proches et pourtant invisibles à quelque chose d’envoutant.

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Nous arrivons vers 18h sur les hauteurs de Vallorcine et c’est le 14 juillet! Renseignements pris, par téléphone avec ma soeur, Vallorcine tire bien un feu d’artifice, bien que ce soit une petite ville. Nous avons un point de vue imprenable, plus de 500 en haut de la ville. Magnifique, un vrai plaisir après 21.6km et 1560m de dénivelé.

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Jour 6 : Ca caille!



Aujourd’hui nous partons pour l’étape la plus dure du tour. L’objectif est la station de La Flégère sur les hauteurs de Chamonix. Le chemin est très technique et je dois aider mon père en portant l'arrière de la chariotte tout le long. Il comporte trois échelles métalliques et je dois monter seul la chariotte de 23kg à bout de bras car mon père à le vertige.







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Malgré ce handicap nous nous en sortons tous les deux très bien, devant le regard ébahi des nombreux randonneurs de cette étape très touristique. Nous arrivons à notre lieu de couchage situé à plus de 2000m vers 18h après 17,8km et 1127m de dénivelé.

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La température ne dépasse guère 0° et mon hamac, sans isolation thermique va montrer ses limites. Je finis la nuit emmitouflé dans ma couverture de survie.

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Jour 7 : Course folle



Je me lève à 5h30 après une nuit froide et difficile. Heureusement la vue sur le mont blanc est magnifique. Une légende locale veut que si le dôme du mont blanc est nuageux la pluie n’est pas loin. Mais si en plus l’aiguille verte l’est aussi, la pluie est assurée.

“L'âne du mont Blanc: Ce que mont blanc veut, verte le peut.” *²

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Et les prévisions météo confirment l’adage. Nous décidons donc de sauter une étape: la montée du col du Brévent, pour gagner une journée de marche et donc éviter de marcher en altitude sous l’orage. Mais même si on ne monte pas le dénivelé, nous allons quand même devoir marcher double pour rejoindre la prochaine étape située à plus de 36km (et 1300m de dénivelé)! Nous attaquons donc par une descente de plus de 1000m de dénivelé vers Chamonix. Direction Les Houches puis Les Contamines pour arriver finalement à Notre Dame de la Gorge. Nous rencontrons un couple qui fait aussi le TMB en autonomie complète. Ils ont plus de 38kg d’équipement sur le dos (rien que leur tente fait 2.6kg, sans parler du réchaud de camping, trop lourd, pas fait pour le bivouac)! Ils sont très sympathiques et nous mangeons ensemble. Il n’en sont qu'à leur premier jour, et vu l’orage qui menace, je pense finalement que leur équipement ne sera pas de trop.
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Nous nous couchons lessivés par cette (trop) longue marche.

Jour 8: Calvaire



C’est une petite étape qui nous attend pour cette dernière journée. Nous n’avons que 16.3km et 1330m de dénivelé. Mais la marche d’hier a eu des conséquences physiques fâcheuses. J’ai le plus grand mal à articuler les chevilles, mal au genou et aux muscles des jambes. Heureusement que le sac s’est allégé de la nourriture de ces 8 jours de rando.

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C’est parti pour le col du bonhomme à 2433m d’altitude. La descente vers Les Chapieux est la pire que j’ai enduré, pire encore que lors de ma rando dans le Verdon et la descente du mont Chiran et du Pavillon vers Moustier Sainte Marie. Elle est interminable et abrupte, qui plus est avec une absence de panorama.

Et c’est les chevilles enflées, et avec le plus grand mal que nous atteignons enfin la voiture.
Heureusement, mes chaussettes en laine, évitant les frictions m’ont permi de sauver mes pieds.


Conclusion:



Ces 8 jours de randonnée ont été magiques, le panorama est exceptionnel, le dépaysement : total.
Nous avons croisé des gens supers, de l’habitante de “cham” ayant un magasin de sport et que j’ai cité plus haut (*’, *²) à l’ancien, 40 ans de rando derrière lui aux conseils précieux en passant par le couple bivouaqueur et plein d’autres.
Ce fut 8 jours de dépassement de soi, dans la douleur et la contemplation.

“L'exaltation des émotions supplante le culte de la raison”!

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Papa je suis très content d'être parti avec toi, tu t’es révélé être un excellent marcheur, un compagnon jovial en toutes situations. Tu as été d’une aide précieuse pour mon moral et pour moi un exemple de ténacité et de persévérance. Ce fut un réel plaisir de parcourir ces 180km en ta compagnie et nul doute que je garderais à jamais le souvenir de ces moments passés ensemble. J’suis vachement fier que tu sois mon père.

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Liste de mon matériel:



Les poids sont purement indicatifs

Sac à dos Simond Alpinism 55 UltraLight: 1.1kg
Hamac Snugpack: 700g
Tarp Queshua: 800g
Sac de couchage Millet Alpine LTK 800: 750g
Katadyn Combi (pompe à purifier l’eau) 800g
Poncho Queshua: 340g
Veste Queshua coupe vente doublée: 700g
Gamelle Decathlon: 320g
Poche à eau 3L: 230g
Poche à eau 2.5L: 180g
Scie: 185g
Nourriture lyophilisée: 10 x 145g
Barres: 20 x 80g
Matériel divers, pharmacie, lampe frontale, désinfectant, telephone, couteau, couverture de survie, serviette, etc: environ 1,5kg
Eau: 3kg


Bonus




-N'ai pas peur -Ah merde tu m'a fait peur!



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